Très peu de femmes s’expriment sur le sujet qu’elles considèrent comme un tabou.

Rabiatou est aide-soignante à l’Extrême-Nord. La soixantaine sonnée, elle a accepté de parler de sa ménopause sans tabou. C’est d’ailleurs l’une des rares sur les huit femmes approchées dans la partie septentrionale. « C’est tabou », souffle-t-on ici. Pas pour Rabiatou en tout cas, qui avait alors 45 ans au moment des premiers signes. « Je me suis rendue compte à un moment que j’ai fait trois mois sans voir mes règles. Puis, ils sont revenus juste un peu au 4è mois. Ensuite, j’ai encore fait deux mois sans rien voir. Puis, plus jamais. Quand j’ai compris que mes règles ne viendraient plus, j’ai su que c’est la ménopause puisque mon mari était décédé et que je n’étais pas enceinte », relate cette dernière.  Veuve depuis environ 13 ans, elle dit vivre cette nouvelle étape de sa vie de manière sereine. « Je ne récent pas pratiquement grand-chose. Au début, il y avait des boutons qui apparaissaient beaucoup sur le visage. Mais surtout la chaleur. Et à chaque fois, j’étais obligée de me verser de l’eau près de quatre à cinq fois par jour au cas où il y en a. Mais à certaines saisons lorsque l’eau se fait rare, tu supportes seulement si tu parviens à te laver deux fois par jour. Comme j’ai perdu mon mari, je parviens à vivre ça ainsi. Sans trop de difficultés », explique cette dernière.

C’est que, dans la partie septentrionale du pays, « très peu de femmes s’expriment sur le sujet. Honte, religion », explique un gynécologue à Maroua. Elles n’osent pas en parler ouvertement parce que « C’est tabou ici ». Même cliniquement, « Personne ne consulte pour ça ici. C’est au médecin de déterminer cela. Les femmes viennent à l’hôpital pour d’autres problèmes. C’est pendant l’investigation qu’on tombe sur la ménopause. Et une fois expliquée, elle disparait. En plus, nous même ne proposons pas grand-chose en termes de soins. Donc pour elle, c’est un phénomène naturel et on ne peut rien y faire. Une fois le diagnostic posé, elle disparait », regrette le Dr Pierre Amta du District de Santé de Tokombéré. Rabiatou elle, nous confie en discuter avec ses amies « qui décrivent certaines situations. Ça dépend pour celles qui sont mariées. Il faut gérer les désagréments qui influencent sur le couple. Surtout quand elle pense que c’est fini pour elle alors que le mari est encore sexuellement actif ». Et ce n’est pas tout. «Les maris finissent par épouser d’autres femmes. Et vous imaginez tous ce qui va avec », fait savoir notre aide-soignante.

Problèmes de santé liés à la ménopause

La Journée Mondiale de la Ménopause qui s’est célébrée le 18 octobre dernier a pour objectif d’honorer toutes les femmes. Elle vise les millions de femmes qui, partout dans le monde, arrivent chaque jour à la ménopause. Ce stade vital de leur vie. Seulement, bon nombre d’entre elles ne comprennent pas bien ce qu’est la ménopause et quels sont ses impacts sur leur santé. « En clinique, c’est essentiellement les bouffées de chaleur et la sécheresse vaginale », informe le Dr Outchin, gynécologue. Et pour ne rien arranger, « les problèmes liés à La ménopause sont énormes. Pratiquement tous les systèmes de l’organisme subissent Les effets de la ménopause.   Quand on sait que les hormones sexuelles de la femme la protège contre de nombreuses pathologies (Les maladies cardiovasculaires par exemple). Donc, une femme qui dans cette période dépourvue de ses hormones sexuelles est donc exposée à la fragilisation des OS (ostéoporose), fragilisation et rigidité des vaisseaux (maladies cardiovasculaires). Sur le plan endocrinien avec l’altération des hormones sexuelles qui impliquent un comportement Sexuel différent, et les phanères (la peau, Les ongles) qui pressent leur éclat. Bref, le corps de la femme subie un désagrément énorme qui heureusement, est évitable », informe le Dr Amta. En effet, selon lui, « Il y a des moyens non médicaux qui permettent de gérer la ménopause. Ces mesures sont bien maitrisées par Les gynécologues.  Suivant ces mesures, les femmes ménopausées peuvent bien faire leur vie. Sans aucune difficulté».

L’Organisation Mondiale de la Santé estime justement qu’en 2030, 1,2 milliard de femmes seront âgées de 50 ans ou plus et qu’un nombre croissant de ces femmes peut s’attendre à vivre plusieurs décennies après la ménopause. Le défi que lance la Journée Mondiale de la Ménopause appelle toutes les nations à donner à la santé après la ménopause, une place primordiale dans la recherche et la santé publique, afin d’aider les femmes à éviter les symptômes désagréables susceptibles d’affecter la productivité et la qualité de vie, et afin de réduire les taux d’ostéoporose, de maladies cardiaques, de cancer du côlon et autres maladies du vieillissement liées aux œstrogènes. Aussi, les nations sont exhortées de prendre des mesures actives pour éduquer les femmes concernant les implications de la ménopause sur leur santé.