Le Minsanté a relevé de ses fonctions le Pr Dominique Noah Noah, remplacé par le Dr Danielle Christine Kedi Magamba

Relevé de ses fonctions. Voilà la sentence administrative du ministre de la Santé publique (Minsanté) à l’encontre du directeur de l’hôpital de district de Deido. Le Pr Dominique Noah Noah est ainsi éjecté de son poste, après le scandale des images et vidéos virales d’un jeune élève assassiné à Douala, prises par des infirmières au sein de cette formation sanitaire publique. Dans sa décision rendue publique le 05 avril 2019, Manaouda Malachie l’accuse de « négligence ». Il est remplacé à ce poste par le Dr Danielle Christine Kedi Magamba épouse Koum. La chute du Pr Noah Noah intervient après l’enquête commandée par le Minsanté et rendue par la délégation régionale de la santé pour le littoral, pour faire la lumière sur cette affaire qui plonge le pays en émoi depuis une semaine. Dans les conclusions de cette enquête, l’ex-patron de l’hôpital de Deido est placé au premier rang des responsables pour sa négligence et son rôle trouble pendant la prise en charge du jeune élève poignardé.

La charge des infirmières

Après avoir écopées de trois mois de suspension le 02 avril dernier, les trois infirmières incriminées dans cette affaire sont passées au préalable devant la commission d’enquête. Pendant leurs auditions, elles ont expliqué que les images décriées ont été tournées à la demande du directeur de l’hôpital. A cette accusation, nos sources proches du dossier soufflent que s’ajoute une pratique managériale décriée ayant parfois conduit à des morts pour certains, et à des complications des cas de maladies pour d’autres . Pour toutes ces accusations, le gastro-entérologue a été traduit au conseil de discipline de l’Ordre national des médecins du Cameroun, où il ira s’expliquer sur le plan médical. Toujours en lien avec ce drame, le Minsanté a aussi suspendu pour trois mois, le Dr Son Esther Emilienne Epouse Fai Yengo.  Une autre décision du Minsanté l’exclue rendue elle aussi de toute activité au sein de l’hôpital de district de Deido sans préjudice de poursuite disciplinaire pour manquement grave à l’éthique et à la déontologie professionnelle.

Avalanche de critiques

Seulement, ces sanctions en cascades du Minsante ne fait pas l’unanimité au sein de l’opinion et encore moins dans la corporation des professionnels de la santé. Bien au contraire. Les premières suspensions des trois infirmières le 02 avril dernier, ont suscité une avalanche de critiques y compris au sein même du ministère de la Santé publique. Certain cadres – particulièrement sévères- ont tôt fait de qualifier cette suspension des infirmières « poudre aux yeux ». « Une fois de plus, le ministre a montré les muscles. Mais je pense qu’une approche pédagogique aurait été plus efficace », a commenté un haut cadre des services centraux du Minsanté. Pour ce dernier, « un communiqué de rappelle des bonnes pratiques aurait été plus pertinent ». Certains fonctionnaires vont plus loin en soutenant que la suspension des infirmières n’a aucune base juridique. « Elles peuvent porter plainte au tribunal administratif et avoir gain de cause », avance-t-on dans les coulisses du Minsanté. Néanmoins, une bonne frange des professionnels trouve que la sanction est méritée.

En ce qui concerne le Pr Noah Noah, un autre cadre du ministère soutient qu’ « Il ne méritait pas d’être limogé pour cette affaire. Le ministre a voulu en faire un exemple dans le cadre de sa politique d’humanisation des soins. Il est donc une victime collatérale ». Dans tous les cas, ces sanctions plaisent assurément au public qui, via les réseaux sociaux les réclamaient à cor et à cri. Mais sauf à croire que ce infirmières  suspendues sont les seules brebis galeuses qui ternissent l’image des hôpitaux publiques et de la profession. Par conséquent, punir le directeur et le personnel de cet hôpital, ne suffira donc pas pour redorer l’image de marque des hôpitaux publics camerounais, où la déontologie est foulée au pied au quotidien.

Défaut de plateaux techniques

 « Nous sommes un agneau sacrifié mais que cet agneau soit sacrifié pour le progrès », argue un autre médecin.  En effet, passé l’euphorie et le relatif sentiment de satisfaction affichée par le citoyen ordinaire, il apparaît que ces sanctions laissent un brin d’insatisfaction et suscitent moult questionnements profonds. D’abord sur la qualité même du plateau technique dans nos formations sanitaires au Cameroun. L’on a certes vu un personnel médical briller par une attitude irresponsable et inhumaine, mais ce que l’on n’a aussi vu, c’est un urgentiste faire un massage cardiaque à la main à un patient agonisant, sans défibrillateur. Tout ceci, dans un hôpital de district d’une capitale économique. Les sanctions donc, oui mais elles ont des insuffisances. Car, elles ne se penchent pas sur les problèmes structurels. Par exemple, l’absence d’un service des urgences digne de ce nom avec plateau technique adéquat dans cette formation hospitalière ; de défibrillateur, de radiologie dans les hôpitaux. L’équipement dans les hôpitaux est vétuste et date d’au moins 30 ans tout comme ces Fosa dont les années de constructions se situent entre 1980 et 2010.  « En quoi ces sanctions améliorent le plateau technique vétuste dans nos hôpitaux ? Qu’il fasse une enquête sur l’âge et la fonction tonalité du matériel dans les hôpitaux par exemple », conseille un médecin. Bien plus, sur 2400 Fosa publiques, 1300 sont à réhabiliter. Soit 85 HD, 166 Centres médicaux d’arrondissements (CMA) et 1052 Centre de santé intégrés (CSI).