Cet effectif est largement inférieur à la demande globale des formations sanitaires publiques en sages-femmes qui est évaluée à plus de 1500 postes à pourvoir sur la période 2015 – 2020.

« La sage-femme est un acteur clé dans l’amélioration de santé maternelle et infantile au regard de son rôle consistant à offrir à chaque femme un accompagnement éclairé pour la planification familiale, la grossesse, l’accouchement, les suites de couches et le suivi du nouveau-né », soutient le Programme national multisectoriel de lutte contre la mortalité maternelle (PLMI). Mais cette ressource humaine dont la journée internationale s’est célébrée le 5 mai 2019 reste sous-exploitée où peu employée par l’Etat, qui investit paradoxalement d’importantes ressources dans sa formation.

Selon les statistiques communiquées par la Direction des ressources humaines (DRH) du ministère de la Santé publique (Minsanté), l’Etat du Cameroun n’a recruté que 548 sages-femmes et maïeuticiens (SFM) en cinq ans. Soit 179 en 2015, 150 autres en 2017 et 225 en décembre 2018, pour le compte de 2019. Ces personnels contractualisés par le ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative (Minfopra), puis mis à la disposition de leur ministère de tutelle, ont été prioritairement déployés dans des formations sanitaires où les taux de mortalité maternelle et infantile présentent des pics alarmants.

Mais, cet effectif ne représente que le tier de la demande globale en SFM des formations sanitaires publiques camerounaises. En effet, en 2015, les besoins en recrutement pour ce corps de métier spécialisé en santé de reproduction, étaient d’environ 1500 postes à pourvoir à l’horizon 2020, renseigne une source à la DRH du Minsanté. En d’autres termes, si le Cameroun veut combler ce gap, le Minfopra doit encore contractualiser un supplément de 1000 SFM au cours des 20 prochains mois.

Enjeu crucial

Au Cameroun, la proportion de naissances assistées par un personnel de santé qualifié est faible. Cette situation est en partie responsable du niveau élevé de la mortalité maternelle et infantile, selon le PLMI. De ce point de vue, le programme de recrutement des SFM par l’Etat constitue donc un enjeu crucial pour la survie des nouveau-nés et des jeunes mères. Et si les besoins en ressources humaines qualifiées affectent l’ensemble du système de santé du pays, force est de noter que les disparités sont encore plus marquées lorsqu’on effectue une comparaison entre les Régions d’une part, et entre les localités urbaines et rurales d’autre part.

Pis, certaines catégories spécifiques sont encore plus déficitaires que d’autres. C’est le cas des professionnels à compétence obstétricale que sont les médecins gynécologues et les sages-femmes et assimilés. A titre d’illustration, l’effectif actif dénombré au cours du recensement général des personnels du secteur de la santé de 2011 était évalué à 131 sages-femmes et maïeuticiens au total pour 20 millions d’habitants. Soit un ratio de 1 SFM pour 152.671 habitants. Ce chiffre est 30 fois inférieur au seuil de disponibilité minimale recommandé par l’OMS qui est de 1 SFM pour 5000 habitants.

250 SFM formés par an

Depuis la réouverture de cette filière en 2011, quatre promotions sont déjà sorties, avec en moyenne 250 SFM, injectés sur le marché camerounais de l’emploi chaque année, issues des 10 écoles relevant du Minsanté. Toutefois, selon les résultats de l’étude menée sur les capacités de production et d’absorption des sages-femmes et maïeuticiens au Cameroun, leur recrutement à la fonction publique se fait à un rythme jugé lent par l’Association des sages-femmes et assimiles du Cameroun (Asfac). Ce retard est imputable aux interminables procédures administratives.

En 2013 par exemple, l’Etat n’a pas pu recruter les SFM parce qu’on ne savait pas dans quel statut les classer, explique-t-on à la DRH. « On avait du mal à caser la première cuvée que le chef de l’Etat avait demandé de recruter sans concours, entre fonctionnaires, ce qui n’était pas possible car elles n’appartenaient pas au corps de la santé ; et contractuels, parce que les salaires étaient minables. Il fallait donc créer un corps de sages-femmes et maïeuticiens pour pouvoir les recruter comme tel avec un salaire conséquent », explique un cadre à la DRH du ministère.

Des avancées… sur le tard

Pour lui, ces interminables procédures ont permis d’obtenir des avancées bénéfiques pour les recrues. Ainsi, au plan pécunier, il n’existe plus de différence fondamentale entre contractuels et fonctionnaires. Ce qui valorise désormais le corps de sages-femmes, contractualisées en 10e catégorie, correspondant à la catégorie A2 chez les fonctionnaires. « Voilà les avancées véritables que les gens ne savent pas », commente notre source.

Vers un nouveau plan de recrutement

En 2019, aucun recrutement n’est prévu. Cependant, des sources annoncent un plan de recrutement de plus de 1000 SFM en vue. « On a cruellement besoin d’eux sur le terrain. On a eu beaucoup de retard à cause des procédures. Donc, la cuvée qui est entrain de venir va nous permettre de pouvoir absorber les trois premières vagues qui n’ont pas de licence. Il y a une opération de recrutement de 600 déjà disponible et qui ne souffre de rien. L’idée était de balayer les trois premières vagues qui sont sorties sans licence avant de lancer l’opération de recrutement de plus de 1000 sages-femmes », précise-t-on à la DRH.