Elles sont très souvent malheureusement entourées de silence et de tabous.

« Je vais peut-être vous surprendre. Je suis de la vielle école. Pour mes menstrues, j’utilise les garnitures lavables la plus grande partie du temps. Quand je suis de mauvaise humeur, je double même de caleçon ». Ces confidences de Marie, chef de service dans une délégation départementale d’un ministère à Sangmelima sont évocatrices. La jeune dame, la trentaine, dit sans complexe, avoir opté pour cette méthode parce que plus hygiénique, d’après elle. Pauline elle, a jeté son dévolu sur les serviettes hygiéniques jetables pendant son hygiène menstruelle. Seulement, « J’utilisais une serviette hygiénique pendant 7h de temps. J’ai eu des picotements et j’ai compris qu’il fallait la changer toutes les quatre heures. Mais le premier et le deuxième jour, c’est deux heures de temps après au maximum », confie cette ménagère de Tokombéré.

Elle avait 14 ans lorsqu’elle a eu ses premières menstrues. Toute honteuse et jamais entretenue par sa mère sur l’attitude à adopter face à cette évolution normale de sa vie intime, elle a opté pour le silence. « C’est une amie qui m’avait aidé à savoir ce qu’il y avait lieu de faire », dit-elle. Même son de cloche pour Adeline. « Ma mère ne m’en avait jamais parlé avant. Elle m’a juste dit que quand ça vient, je porte ça (Serviette hygiénique : Ndlr) », dit-elle dans un éclat de rire.

Floriane a eu toute autre histoire avec ses menstrues. N’ayant pas elle aussi reçu des informations au préalable, elle a dû apprendre de ses sœurs aînées. « Je me dit que ma mère ne me l’a pas dit avant parce qu’elle a reçu une éducation à l’ancienne mais dès mes premières règles, elle m’a dit que si un garçon me touche je vais tomber enceinte », dit-elle. Pour le cas d’Armelle, la chance était au rendez-vous. « Je suivais des cours de puériculture depuis la 6è. Donc, on nous en parlait tout le temps. Et même comment compter son cycle et comment mettre sa serviette hygiénique », explique cette cadre d’une entreprise publique de Yaoundé. Rufine, une habitante d’Ebolowa, dit utiliser « au moins quatre serviettes par jour parce que c’est abondant les premiers jours ».

Expérience gênante et astuces

Toutes sont unanimes. C’est une période assez gênante pour elles. « Pendant cette période, je me change autant de fois que possible. Les trois premiers jours, je me change toutes les trois heures si je suis à la maison. Vue que les premiers jours, j’ai un flux abondant. Quand je suis au travail, je double ma protection en utilisant à même temps un tampon que je change après 6h maximum et une serviette qui tient le plus longtemps possible. A la maison, à chaque change, je fais une toilette vaginale », précise Armelle.

Et pour ne rien arranger, son cycle est « Très abondant; 5, 6 voire 7 jours. Douloureux. Les deux premiers jours c’est le calvaire ». Elle dit même avoir manqué le travail plusieurs fois pendant ses menstrues. « Surtout au début. Les premiers jours sont désagréables pour moi », précise la jeune cadre. Si Marie échappe au flux abondant, elle se plaint néanmoins d’avoir « un cycle menstruel très irrégulier ». A cette dernière aussi, il est arrivé de ne pas se rendre au travail « de très rares fois », à cause des menstrues.

Chaque mois donc, la plupart des femmes et des filles auront leurs règles entre la ménarche et la ménopause. Néanmoins, elles font face à de nombreux défis pour gérer leurs menstruations. D’abord, les serviettes hygiéniques ou autres produits peuvent être indisponibles ou hors de prix ; les femmes et filles peuvent ne pas avoir accès à des toilettes qui assurent la sécurité, où l’eau est salubre et où elles peuvent se laver en toute intimité.

Source d’absentéisme scolaire

Le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef), estime qu’en Afrique, 66% des filles ne disposent pas d’une bonne information sur la menstruation avant d’être confrontées à leurs premières règles. Ce qui rend l’expérience négative, et parfois traumatisante. Bien plus. En Afrique subsaharienne, une fille sur dix en âge de scolarisation ne va pas à l’école pendant son cycle menstruel, rapporte un rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Ce qui correspond, d’après certaines estimations, à 20 % du temps scolaire perdu sur une année. Nombre de filles abandonnent complètement l’école lorsqu’elles sont réglées. La solution réside à en croire l’Unicef, en la gestion de l’hygiène menstruelle (GHM). Cette expression désigne l’accès à des informations, une préparation et un soutien adaptés qui permettent aux jeunes filles de gérer leurs menstruations de manière hygiénique, avec dignité et en toute sécurité.

La 6è journée mondiale de l’hygiène menstruelle s’est célébrée le 28 mai dernier. Elle a été instaurée pour rompre le silence et diffuser l’information pour permettre à la communauté en générale et à la communauté scolaire en particulier, de communiquer et d’échanger sur l’amélioration de la gestion de l’hygiène menstruelle. Elle a aussi pour but d’interpeller les décideurs, afin d’améliorer les infrastructures sanitaires en milieu scolaire dans le but d’augmenter la fréquentation scolaire des filles, leur participation et leur maintien à l’école, même pendant leurs règles.