Lire l’interview du Dr Noris Isidore Ebanda Mandeng, médecin généraliste, gestionnaire du Centre médical d’arrondissement (CMA) de Mozogo.

Qu’entend-on par hygiène menstruelle ?

Il existe encore malheureusement, dans de nombreux pays, beaucoup d’idées reçues autour des règles. Il serait simple de dire que l’hygiène menstruelle est l’ensemble des gestes et notions importantes qui accompagnent la jeune fille et éventuellement la femme qui a ses règles dans le but de lui accorder une période de menstruation confortable… Un mode de vie qui devrait s’acquérir dès les premières règles de la jeune fille (ménarches).

Comment les femmes doivent-elles la faire ?

Je ne saurais parler uniquement de la période des règles. Un point d’honneur doit être mis sur le fait que l’hygiène intime de la femme doit être continue, sans toutefois se limiter à cette période délicate qui se produit naturellement tous les mois en âge de procréer. En ce qui concerne l’hygiène menstruelle, la toilette intime de la femme qui se fait autant que possible dans la journée reste de rigueur. La particularité qui s’ajoute est des techniques de protection : les serviettes   hygiéniques, les tampons, le port de sous-vêtements en coton et assez large permettant ainsi un confort dans la continuité des activités quotidiennes. Ne pas perdre de vue qu’il est important de changer ses serviettes hygiéniques dès qu’on constate un trop plein d’écoulement. On peut comprendre que dans certaines zones reculées, les femmes n’ont pas souvent les moyens de disposer des nouveaux linges et produits à caractère hygiénique. Elles doivent dans ce cas veiller à l’hygiène des tissus qu’elles utilisent.

Y a-t-il un nombre d’heure indiqué pour cela ?

Non ça dépend de la marque utilisée. Mais ne pas utiliser une seules en 24h. Il faut néanmoins les changer plusieurs fois par jour car le manque de ventilation permet la prolifération des bactéries et donc favorise les infections. Éviter des produits de protection parfumé au profit des produits naturels, car les parfumés peuvent irriter la vulve et aussi changer le ph vaginal laissant ainsi la porte à une culture de bactéries néfaste pour l’intimité de la femme.

Quels sont les dangers d’une mauvaise hygiène menstruelle ?

L’anatomie génitale de la femme laisse dire qu’elle est un réceptacle et donc plus exposé que l’homme. La période de menstruation ajoute à cette ouverture naturelle anatomique une autre faille au niveau du col de l’utérus pour laisser passer les résidues menstruelles pouvant ainsi donner place à de multiples infections en cas de mauvaise hygiène   menstruelle. Les femmes et les jeunes filles doivent redoubler d’efforts durant ces moments en gardant et en protégeant leur linge tout, en ne les maintenant pas sur une longue durée. Ce n’est pas un problème de moyen mais de comportement.

Quelles sont les cas d’infections les plus répandus survenant à la suite d’une mauvaise hygiène menstruelle et quel traitement en cas d’infection ?

En général, la gêne est constatée après la période menstruelle, des démangeaisons, des pertes malodorantes, des douleurs au bas ventre. Nous pouvons donc faciliter la chose en vous disant que les infections résultant de la mauvaise hygiène menstruelle sont multiples, pouvant être une infection de la vulve, du vagin, voire même de l’utérus. Le nombre de cas déjà vu dans ma jeune carrière ne peut être donné avec exactitude, mais que nous avons fréquemment à faire aux cas d’infections du genre. Le traitement en général est à base d’antibiotiques et la molécule dépendra de la bactérie responsable qu’on isole grâce aux différents examens biologiques effectués.

Doit-on s’inquiéter des douleurs au bas ventre pendant les menstrues et qu’est ce qui peut expliquer ces douleurs ? 

Les douleurs au bas ventre pendant les règles encore appelées dysménorrhées sont très courantes mais seulement il faut savoir nuancer. La jeune fille qui a habituellement des règles douloureuses depuis ses ménarches ne devrait pas s’inquiéter. Cette douleur est progressivement intense, débutant juste avant les règles et disparaît progressivement avant la fin des règles. Ici, un antalgique simple ou un anti inflammatoire non stéroïdien suffit pour soulager la douleur (nous les appelons des dysménorrhées primaire). Par contre, ces douleurs au bas ventre qui persistent même après la période des règles devraient faire l’objet d’une consultation médicale, car elles ont certainement une pathologie sous-jacente comme cause. Nous parlons ici de dysménorrhées secondaires. Il faut dire ces pathologies (infectieuses ou morphologiques) pourraient avoir des complications allant jusqu’à la stérilité si elles ne sont pas correctement traitées.

A quoi sont dues les perturbations du cycle menstruel ?

Il faudrait dire ici que parler des perturbations du cycle menstruel pourrait faire l’objet de plusieurs cours magistral. Nous allons juste essayer de donner quelques grandes lignes. Les troubles du cycle menstruel sont de plusieurs ordres : les règles abondantes ; les règles prolongées ; les règles multiples au cours d’un même mois ; les règles multiples au cours du même mois ; l’absence des règles etc. Les causes sont multiples. Nous pourrions citer le stress, l’alimentation, les troubles hormonales, la grossesse, l’allaitement, les infections. Le conseil que nous pouvons donner aux femmes c’est d’aller en consultation lorsqu’elles sont face à des situations inhabituelles de leurs cycles menstruels. Un entretien avec son médecin procure généralement la première ligne de prise en charge car nous restons à votre disposition de jour comme de nuit pour palier à vos problèmes de santé.

Quelle est l’importance de promouvoir l’hygiène menstruelle ?

Je vous remercie de l’implication que vous mettez pour l’amélioration de la santé de la population. Sujet très intéressant et d’une importance capitale en santé publique et qui reste encore avec beaucoup de zones d’ombres dans le quotidien de la femme africaine et camerounaise en particulier. Il faudrait poursuivre la sensibilisation à tous les niveaux. Il y a un important enjeu sur le bien être permanent, sur la vie l’adolescence et plus tard, maternelle de la femme. Il ne faudrait pas seulement se concentrer sur la période des règles mais sur le quotidien de la femme qui doit être en permanence propre et confortable. La femme reste le socle de l’humanité.