Le pays n’arrive pas à combler le déficit évalué à 316 000 poches de sang par an.

Les besoins annuels du Cameroun sont estimés à 400 000 poches de sang. Or, le pays n’en produit que 84 000. Soit seulement 21%, avec 5% de donneurs réguliers, 10% de donneurs bénévoles contre 90% de donneurs de remplacement. Ces donneurs sont pour la plupart des donneurs familiaux, d’après le Programme national de transfusion sanguine (PNTS). Selon ce programme, en 2018, 94 873 ont été collectées, contre 91 047 en 2017 et 82 661 en 2016.

Déficit régional

Dans les formations sanitaires en région, la situation n’est guère reluisante. La région du Nord par exemple, affiche un besoin de 3000 poches de sang par an pour venir à bout des problèmes de santé. Soit environ huit poches par jour. Un besoin que l’hôpital régional de Garoua où se trouve l’unique banque de sang de la région n’arrive malheureusement pas à combler. Situation similaire pour la région de l’Extrême-Nord qui ne compte que deux banques de sang (Maroua et Mokolo).

Celle-ci affiche un déficit de 80 000 poches de sang par an. Sa banque de sang dont la capacité est de 1200, est malheureusement presque toujours vide. Car elle n’a seulement que 50 poches de sang en permanence. L’un des responsables de cette formation hospitalière publique confie qu’il arrive que l’hôpital n’en reçoive que 10 du précieux liquide. Ce qui est bien entendu, très insuffisant par rapport à la demande, en raison des l’afflux des blessés de guerre et des accidentés. Dans la région du Sud où les besoins sont évalués à 13 096 poches, seules 767 ont été recueillies en 2018. Soit seulement 5,86 % de poches de sang requises.

« Je vais transmettre mes péchés »

En réalité, cette situation se heurte à de nombreux freins. C’est du moins ce que révèle une étude sociologique réalisée en 2017 par la Société française de transfusion sanguine, en collaboration avec le PNTS. Ce sont entre autres, le manque de volonté politique, l’ignorance du public en matière de don de sang et les barrières culturelles et religieuses. «“Si je donne mon sang, je vais transmettre des péchés”. Voilà ce qu’on entend dans certaines zonesse désole le Pr Appolonie Noah Owona, médecin et Secrétaire permanente du PNTS.Ou encore :« On va se livrer à des pratiques ésotériques avec mon sang». 

Donneur où es-tu ?

Les croyances religieuses ne sont pas en reste. Elles ont trouvé leur nid dans la région de l’Extrême-Nord par exemple. En effet, malgré la mise en place du Comité régional de transfusion sanguine dont le rôle est d’approvisionner en quantité et en qualité les banques de sang, les difficultés d’obtention du précieux liquide ne se sont guère améliorées. Les donneurs, réticents, s’appuient sur leurs croyances religieuses pour justifier le refus de ce geste.

A l’hôpital régional de Maroua, pour qu’un patient bénéficie d’une poche de sang, il doit présenter deux donneurs et verser une somme de 15 000F. Même son de cloche à l’hôpital régional de Ngaoundéré où pour obtenir une poche de sang, il faut débourser la somme de 12 500 Fcfa et venir avec deux donneurs. Mais les stéréotypes culturels perdurent. « Ce n’est pas tout le monde qui veut donner du sang. Les gens sont réticents pour donner du sang et certains se justifient qu’ils peuvent tomber malades », a confié Oumarou Bello, son Secrétaire générale.

Esquisse de solutions

Pour atteindre l’autosuffisance sanguine, le Comité national de transfusion sanguine du Cameroun a signé un partenariat avec l’Etablissement français de sang et Expertise-France, pour la mise en place du cadre institutionnel et technique de la transfusion sanguine et avancer dans le recrutement des donneurs. Mais en attendant l’aboutissement de ce processus, le pays accorde des cartes de donneurs aux volontaires. « Nous négocions avec des hôpitaux pour que, si ces personnes ou leurs ascendants directs sont dans le besoin, qu’ils n’aient plus besoin de venir avec deux autres donneurs supplémentaires », précise le Pr Appolonie Noah Owona, SP du PNTS.

Bienfaits de la transfusion sanguine

Pourtant, « la transfusion sanguine aide à réduire la mortalité maternelle, tout comme la mortalité des nouveau-nés et des enfants de moins de cinq ans ; à prévenir les épidémies de maladies transmissibles telles que le sida, la tuberculose, le paludisme et les maladies tropicales négligées ; à combattre l’hépatite ; et à prévenir les décès et traumatismes liés aux accidents de la circulation», tel que l’a rappelé le Dr Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, à l’occasion de la Journée mondiale du donneur de sang, le 14 juin dernier.

Au Cameroun, plus de 80 % des poches collectées chaque année le sont dans l’urgence et provient essentiellement des familles. Aussi, tout le monde n’est pas habilité à donner de son sang. Par exemple, les femmes enceintes ne doivent pas donner le sang, des porteurs d’hépatite et autres pathologies. Aussi, à 45 ans et à moins de 15 ans, il n’est pas indiqué de donner le sang. La bonne tranche, c’est de 18 à 42 ans.  

 

Encadré

Start-up et associations au secours

Au Cameroun, des initiatives se multiplient pour répondre à la forte demande. C’est ainsi que l’Association pour le Don de Sang de l’Adamaoua (ADSA) à Ngaoundéré, œuvre pour le changement de mentalité à travers des sensibilisations, des campagnes de collecte de sang en collaboration avec des services de banque de sang. Bien avant elle, en janvier 2017, l’association « Sang et vie » voit le jour à Garoua dans la région du Nord. L’objectif est clair : inscrire 500 nouveaux donneurs volontaire de sang au cours de sa première année d’existence afin d’atteindre le cap de 1000 don annuel. Soit 20 poches à collecter par jour.

Les start-ups ne sont pas en reste. C’est ainsi que Melissa Bime, jeune infirmière de 22 ans, a créé Infuiss. C’est une banque de sang en ligne qui met en contact les hôpitaux en pénurie avec ceux qui en ont besoin. La plateforme possède une base de données de tous les groupes et rhésus disponibles dans les hôpitaux de Douala, Yaoundé et les principales villes du pays. En cas de besoin exprimé par un hôpital un SMS est envoyé ou un appel est émis à la plateforme. En deux années, 2 300 poches de sang ont ainsi transité d’un hôpital à un autre.

Plus récemment, au mois de décembre 2018 précisément, quatre collégiennes de la classe de 4e du Quality International School de Yaoundé ont développé Hemo. Tiré du mot hémoglobine, c’est une application en anglais pour Android, téléchargeable sur Playstore, qui met en relation patients et donneurs. L’objectif de l’application est de permettre aux patients de gagner du temps et de l’argent en ayant directement accès aux donneurs.

Le procédé lui, est simple : un potentiel donneur s’inscrit sur l’application en entrant son identité, groupe sanguin, ses coordonnées. Un patient dans le besoin peut se rendre dans la rubrique « recherche de donneurs », y entrer sa localisation et le groupe sanguin désiré. Ensuite, il ne lui reste qu’à choisir le donneur et à le contacter. Malheureusement, ce choix fait encore face au nombre limité d’inscrits (une trentaine de donneurs enregistrés à Douala, Yaoundé, Dschang et Nanga-Eboko), il se heurte aussi au système payant de la transfusion.

A l’évidence donc, les donneurs bénévoles de sang se font rares. Il n’y aurait qu’une quinzaine d’associations des donneurs bénévoles de sang qui travaillent sur le terrain. Et ces associations encadrent le déploiement d’environ 22 000 donneurs, soit 1/10 seulement du nombre requis pour couvrir les besoins.