Lire l’interview du Dr Adidja Amani, Sous-directeur de la Vaccination au Minsanté. Elle explique le bien fondé de cette campagne de vaccination contre le choléra et l’efficacité dudit vaccin. 

Qu’est ce qui justifie la tenue de cette campagne de vaccination contre le choléra plus d’un an après le début de l’épidémie ?

Une analyse des risques faite par un consultant OMS (Organisation mondiale de la Santé : Ndlr) avait montré qu’il y a des Districts de Santé toujours à risque de choléra au Cameroun. On avait identifié à cet effet neuf Districts de santé, soit quatre au Nord et cinq à l’Extrême-Nord. Entre temps, il y a eu une épidémie de choléra avec près de 800 cas au total et une cinquantaine de décès, avec le plus grand foyer de flambée épidémiologique dans la région du Nord. En parallèle aux autres mesures que le ministère de la Santé (Minsanté : Ndlr) met sur pied dont la sensibilisation sur les mesures d’hygiène et d’assainissement, il a été nécessaire également de faire ce qu’on appelle une campagne de vaccination réactive. C’est-à-dire nous sommes en plein foyer épidémiologique, il y a des cas suspects et des gens sont malades, et de vacciner dans ce foyer là pour empêcher, freiner la propagation de l’épidémie. Ce n’est pas la première fois qu’on le fait dans le monde. Donc la vaccination, bien que ce ne soit pas la première arme pour la lutte contre le choléra, elle a une très grande efficacité. Parce que la protection commence autour de sept jours après l’administration du vaccin et remonte à près de 65% après les deux tours d’administration du vaccin parce qu’il faut bien se le préciser. Nous sommes au premier tour et probablement en octobre, après les pluies, nous viendrons pour le 2e tour et c’est ce 2è tour qui va booster cette première dose de vaccin que les gens vont recevoir. Pour cette campagne, c’est sept Districts de Santé qui sont concernés. Nous avons limité à sept Districts parce que pour l’instant, nous n’avons que 680 000 doses de vaccins disponibles au niveau central. Donc, nous avons réparti 80% pour la région du Nord parce que c’est elle qui connait la plus grande flambée épidémiologique avec le plus grand nombre de cas et de décès et les 20% restants c’est dans la région de l’Extrême-Nord où nous sommes dans quatre Districts de Santé.

Quelle sera son efficacité dans la lutte contre cette maladie ?

Dans plusieurs autres pays de l’Asie du Sud ou d’Afrique, quand il y a eu des flambées épidémiologiques, on a utilisé ce vaccin oral qui a montré une efficacité au bout de sept jours, en réduisant significativement non seulement le nombre de cas, mais également le nombre de décès dû à l’épidémie de choléra. Donc, l’immunité commence à se faire ressentir au bout de sept jours. Et il y a une belle courbe. On va observer et au bout d’une semaine vous-même allez voir comment le nombre de cas et décès va diminuer notamment à Garoua 1 et 2, où il y a un plus grand nombre de cas. Et nous insistons que cette mesure de vaccination n’est pas la seule mesure mais elle se fait parallèlement avec celles d’hygiène, de sensibilisation et d’assainissement. A cet effet, le ministère et de ses partenaires ont mis à la disposition des populations, des kits communautaires qu’il faut pour la réponse choléra. Il ya tout le matériel de sensibilisation et de prise en charge pour adapter même aux quartiers qui n’ont pas accès aux formations sanitaires, pour pouvoir prendre en charge ces cas de choléra. Parallèlement, nous sommes appuyés par MSF au Centre de traitement de choléra, dans les UTC dans les Districts de santé, nous travaillons avec l’Unicef qui est spécialisé dans la C4D et qui insiste beaucoup sur la sensibilisation. Nous n’oublions pas les ONG locales qui œuvrent au quotidien dans la lutte contre le choléra. Donc, nous insistons que la vaccination n’est pas la mesure première ni la seule mesure de lutte contre le choléra.

Peut-on espérer que cette campagne de vaccination aidera à réduire le risque d’épidémie de choléra au Cameroun ?

Comme je le disais plus haut, elle va réduire non seulement le nombre de cas que nous avons, mais également la sévérité de la maladie. Nous avons le devoir d’assurer une bonne couverture vaccinale parce que le ministre de la Santé a insisté que la vaccination soit de 100% pour les Aires de Santé à risque concernés. Nous avons le challenge de vacciner dans ces Aires là mais nous avons un gros challenge parce que c’est un vaccin qui est très sollicité. Nous avons vu les gens partir de Ngong ce matin pour venir se faire vacciner. Ce qui fait que le besoin est là, la demande est énorme et nous avons une quantité limitée de vaccin. On espère qu’avec les mesures qui sont mises sur pied, les populations qui en ont besoin seront couvertes.