Zoom sur la prostate, glande de l’appareil génital masculin. Située au cœur des systèmes urinaires et génitaux, elle intervient dans la reproduction. Elle peut être touchée par différentes pathologies (inflammation, tumeur…) qui peuvent nuire à l’activité urinaire et sexuelle de l’homme. De tous les cancers, celui de la prostate est le premier cancer uro-génital du Cameroun, avec 81% environ des cancers uro-génitaux dépistés. Les principales complications possibles sur cette glande sont les troubles de l’érection, de l’éjaculation, de l’orgasme, de la libido, de la continence urinaire et la diminution de la taille du pénis. Découvrez l’essentiel sur cet organe, en lisant l’interview du Dr Mbouché Landry, Urologue à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Yaoundé. Il revient sur les maladies de la prostate et comment entretenir cet organe.

 

De nombreux usagers parlent de la prostate sans savoir ce que c’est précisément. Pouvez-vous nous la définir ?

La prostate en termes simples est un organe qui fait partie de l’appareil génital masculin. C’est un organe comme on peut parler du cœur, des poumons. C’est au-dessous de la vessie et entoure le début de l’urètre. Donc le canal par lequel les urines passent traverse la prostate.

A quoi sert-elle ?

Elle a un double rôle sur la fertilité et l’éjaculation. Sur le plan de la fertilité, la prostate est une glande qui va sécréter des substances qui vont aider à rendre le sperme plus fluide et elle contribue à la production du liquide séminal à un tier. Pour l’éjaculation, la prostate est en fait le carrefour des voies spermatiques et urinaires. Chez l’homme, vous avez le même canal urinaire et génital commun c’est-à-dire les urines et le sperme passent par le même canal. Pour qu’il y ait donc une éjaculation chez l’homme et que le sperme sorte, c’est la prostate qui est en partie responsable de ce que le sperme ne rentre pas dans la vessie avant de sortir avec les urines. Donc, le rôle de la prostate dans l’éjaculation est capital. C’est pourquoi le sperme peut sortir au lieu de rentrer dans la vessie. Il y a des mécanismes qui sont mis en branle pour pouvoir assurer le passage d’un seul liquide à la fois. Soit c’est les urines, soit c’est le sperme.

C’est assez complexe…

C’est complexe en effet. C’est pourquoi sa situation est aussi vraiment cachée. Vous ne la voyez pas mais vous en parlez. Certes vraie qu’elle tient aussi sa célébrité de ce que l’une de ses maladies a été retrouvée chez beaucoup d’hommes célèbres… On en parle mais personne ne peut vous dire où elle se situe exactement.

Quelles sont les maladies qui touchent la prostate et leurs symptômes ?

C’est un organe que l’on retrouve uniquement chez l’homme. Même le petit garçon qui naît a une prostate mais elle est toute petite. Elle va grandir avec le temps et sous l’influence de l’hormone mâle qu’on appelle la testostérone. De façon naturelle, elle va prendre du volume petit à petit et lorsqu’on aura plus de 50 ans, elle sera un peu plus grosse. De façon naturelle. Maintenant, cette grosseur peut aussi être l’objet de deux types de maladies : infectieuses et tumorales. L’infection de la prostate c’est la prostatite qui peut être aiguë. Donc, vous avez les signes et symptômes qui viennent tout de suite ou peuvent se présenter sous un mode chronique. Dans les maladies tumorales, il y a ce qu’on appelle les tumeurs bénignes et celles malignes (cancer). Les tumeurs bénignes se manifestent par des troubles mictionnels qui sont les anomalies des mictions fréquentes dans la nuit ou la difficulté à émettre les urines. Vous aurez par exemple un papa qui vous dit : « lorsque je veux faire pipi, si je ne me dépêche pas, ça risque de couler sur moi ». Donc, les urines vous pressent pratiquement. En journée, vous pouvez avoir une envie fréquente d’uriner. Ce sont les signes d’alerte. Vous pouvez aussi avoir d’autres signes qu’on appelle les signes d’obstruction c’est-à-dire vous avez un blocage parce que la prostate est traversée par l’urètre. Lorsque la prostate grossit, ça peut fermer partiellement ou totalement ce passage-là. Et là, quand vous voulez faire pipi, vous poussez, le jet urinaire devient faible. Parfois aussi, vous avez ce qu’on appelle une sensation de vidange incomplète de la vessie. Un autre signe aussi c’est si vous voyez le sang dans les urines. Il faut penser à une maladie de la prostate. Les tumeurs malignes comme celles bénignes peuvent se présenter comme ça. Parfois, il n’y a pas de signes, ni de symptômes. Vous vous retrouvez juste au stade de complications.

A quoi cela peut être dû ?

C’est lié simplement au fait que les maladies de la prostate sont insidieuses. Généralement, les tumeurs évoluent avec le temps. Vous avez une tumeur qui évolue depuis 15-20 ans. Et comme ça survient chez les hommes qui parlent très peu de leur santé et surtout celle sur le plan génital… Voilà pourquoi vous avez parfois ceux qui viennent en consultation tardivement, et ceux qui viennent précocement mais du fait que la maladie, généralement quand c’est déjà un cancer, a déjà dépassé le niveau de la prostate…

Justement, les hommes qui viennent en consultation parlent-ils librement de leur prostate ou est-ce un sujet tabou ?

Honnêtement, ils n’en parlent pas librement. Lorsque vous vous retrouvez en consultation avec patients, généralement ils vont aborder le sujet de façon indirecte. C’est à partir des signes précédemment cités que vous allez vous rendre compte que peut-être ce monsieur a effectivement une maladie de la prostate et ne sait pas comment faire pour s’exprimer. Même un dysfonctionnement érectile peut être une conséquence des maladies de la prostate. C’est vrai que de plus en plus, on commence à connaitre la spécialité qui est l’urologie et on fait des campagnes de santé pour expliquer un peu le fonctionnement et les maladies de l’appareil génital masculin.

Les patients viennent vous voir pour quels types de troubles associés à la prostate ?

Il faut admettre que nous avons de plus en plus dans nos consultations, de multiples cas de tumeurs. L’âge de prédilection c’est le 3è, généralement plus de 50 ans. Par contre, chez les jeunes de moins de 45 ans, c’est la pathologie infectieuse qui prédomine. Vous allez trouver les signes en faveur d’une prostatite. Vous pouvez avoir des brûlures mictionnelles, vous avez tout le temps envie de faire pipi, des douleurs du bas ventre et même au niveau des bourses. Donc chez les plus jeunes, ce sont les prostatites et chez les plus âgés ce sont les prostatites et de plus en plus des tumeurs malignes.

Quelles sont les conséquences des maladies de la prostate sur la vie quotidienne des malades ?

Déjà sur le plan physique vous êtes perturbé, puisqu’il faut tout le temps aller faire pipi. Il peut avoir des complications de ces maladies-là comme des infections urinaires à répétition, des calculs rénaux, une insuffisance rénale. On parle aussi des retentions urinaires et ça fait très mal. Généralement, on parle de pisser ou mourir. Il y a des conséquences sur le plan psycho-social. Par exemple un homme qui est obligé de sortir tout le temps pour se mettre à l’aise. Donc que ce soit au travail ou à la retraite, ça ne va pas. D’autant plus qu’il y a aussi les dysfonctionnements érectiles. Sur le plan psychologique, un homme, dès que son appareil génital est attaqué, il est fragilisé psychologiquement. C’est pourquoi il n’en parle pas et devient même très irritable à la maison. Il peut aussi avoir des conséquences sur le plan économique : il faut faire des examens, acheter les médicaments, parfois il faut même aller jusqu’à l’opération qui a aussi un coût.

Combien peut-on en moyenne dépenser pour se soigner d’un cancer de la prostate ?

Pour ce cas précis, le traitement est soit curatif (donc on peut vous guérir de la maladie), soit palliatif. Donc, vous ne pouvez plus en guérir. La plupart des patients que nous recevons viennent à un stade déjà avancé. Généralement, on est incapable de leur proposer un traitement curatif. Celui palliatif va consister à vous faire des injections parce que comme vous le savez, le développement de la prostate dépend beaucoup de la testostérone. Donc pour freiner l’évolution de la maladie, vous êtes obligés d’empêcher sa fabrication ou ses effets sur les tissus. Il y aura donc des injections que vous serez obligé de faire qui iront dans les 250 000 Fcfa par mois et ceci, pour ceux qui peuvent. Pour les tumeurs bénignes, on peut en guérir si on est suivi normalement et qu’on n’est pas déjà arrivé au stade des complications comme l’insuffisance rénale. Et pour les prostatites aiguës, la guérison peut être obtenue. Celles chroniques sont parfois difficile à traiter. Vous êtes obligés chaque fois d’aller voir l’urologue. Nous n’avons pas encore bien cerné toute la problématique de la prostatite chronique que ce soit ici ou sous d’autres cieux.

Quels sont les bienfaits de l’éjaculation sur la prostate ?

Certaines études ont été faites et ont démontré qu’éjaculer pouvait être bénéfique pour le cancer de la prostate, donc ça pouvait réduire les risques mais ce n’est pas établi. D’autres études ont battu ça en brèche. Sur le plan scientifique, il n’a pas été établi formellement que l’éjaculation aurait un effet sur la prostate. Donc nous ne pourrons l’affirmer.

Est-il souvent arrivé de conseiller la masturbation à vos patients pour entretenir la prostate ?

Pas du tout ; pas pour l’entretenir. Mais dans le cadre de la santé de la prostate, il y a des études qui permettent de dire que si vous menez une activité physique régulière c’est bénéfique pour la prostate ; si vous avez un comportement alimentaire adéquat comme consommer beaucoup de légumes, fruits, de la viande blanche, réduire considérablement la consommation des graisses, viandes rouge, consommer beaucoup de tomate, soja, thé vert…Ce sont des aliments qui ont été étudiés et qui pourraient permettre de réduire la survenue d’un cancer de la prostate. Il est important de noter ici qu’il n’y a pas de causes du cancer de la prostate mais des facteurs de risque. C’est-à-dire tout ce qui peut vous amener à être prédisposé à avoir un cancer de la prostate. C’est par exemple l’âge c’est-à-dire plus de 50 ans ; la race. Il a été démontré dans plusieurs études, que les noirs ont plus tendance à faire du cancer de la prostate et des cancers très agressifs. Il y a aussi le facteur familial qui est différent du facteur héréditaire. Pour celui-ci, c’est qu’il est établi qu’il y a un gène qui se retrouve dans toute la filiation qui est responsable. Donc il y a ce qu’on appelle des facteurs et même du coté de la femme. On a découvert qu’il y a un gène qui est responsable du cancer du sein, qui est proche d’un gène qui est responsable du cancer de la prostate. Et parfois dans certaines familles, chez qui on trouve les femmes qui ont le cancer du sein, on a eu à identifier les gènes qui peuvent être des sources de facteurs de risque du cancer de la prostate. Donc facteur racial, âge, familial et héréditaire. Le traitement ne se fera donc pas de façon globale. Ce sera au cas par cas. Par exemple chez le jeune qui a 45 ans et qui a des antécédents familiaux de cancer de la prostate, on va l’inviter à venir plus tôt chez l’urologue parce qu’il a des facteurs de risques. Par contre, celui qui n’a pas tous ces facteurs de risque, on lui demandera de venir un peu plus tard peut être à 50 ans. Donc il y a juste des facteurs qui peuvent être déterminant pour la survenue du cancer de la prostate.

Quelles sont les techniques de détection et les solutions thérapeutiques autant pour les tumeurs que le cancer de la prostate ?

Pour les tumeurs bénignes, il faut aller voir son médecin urologue qui va vous prescrire quels examens faire. Déjà, il y a des signes d’alertes comme les troubles mictionnels, le sang dans les urines, parfois les dysfonctionnements érectiles à un certain âge. Même cas de figure pour le cancer. Là, on ne peut pas parler de dépistage parce que le problème avec le dépistage c’est que vous risquez d’avoir des surtraitements. Donc nous préférons, en fonctions des facteurs de risque que vous présentez mais nous invitons tous les hommes à partir de 50 ans de rendre visite à l’urologue. Mais pour ceux qui ont des facteurs de risque, c’est à partir de 45 ans.

Quelles sont les solutions curatives ?

En fonction que ce soit une tumeur bénigne ou maligne, vous avez les médicaments qui peuvent être prescrit et la chirurgie. Vous avez aussi parfois une abstention thérapeutique c’’est à dire que vous avez le cancer de la prostate mais on estime que vous n’allez pas en mourir mais mourir avec. Ça veut dire que vous avez d’autres maladies comme le diabète, l’hypertension mais votre cancer n’est pas si méchant. On se dit que peut-être le traitement va plutôt l’enfoncer. Donc les solutions thérapeutiques, il y a le traitement médical, celui chirurgical et même l’abstention ou juste la surveillance.

La médecine traditionnelle peut-elle être une méthode curative ?

C’est une entité qu’il faut respecter. Elle a déjà une grande implication dans le traitement de la prostate notamment les tumeurs bénignes. Il y a un arbre qu’on appelle le « Prunier d’Afrique ». L’écorce de cet arbre aide dans le traitement des tumeurs bénignes de la prostate. Donc on peut dire que lorsqu’on donne toute sa place à notre médecine locale, elle peut réellement faire de grandes et bonnes choses mais il faut que cela soit encadré. Parce que vous avez des écorces que vous pouvez donner qui plutôt, entraînent une flambée de la maladie parce que vous ne maîtrisez pas les composantes. Par contre, le « Prunier d’Afrique », c’est établi que ça améliore et a un rôle important dans le traitement des tumeurs bénignes de la prostate mais pas du cancer.

Est-il arrivé que des patients viennent vous voir après avoir eu recours à des méthodes traditionnelles qui s’avèrent inefficaces ?

Généralement c’est le propre de nos patients. Ils font du shopping médical. Donc, ils vont se retrouver chez celui qui est en bordure de route, chez le médecin tradi-thérapeute et un peu partout avant et devant les complications, d’arriver chez nous.

Comment prévenir et assurer une bonne santé de la prostate ?

Trois choses. Sur le plan nutritionnel, une alimentation riche en légumes, fruits, pauvre en graisse, en viande rouge. Il ne faut pas aussi trop consommer l’alcool, le tabac. 2e chose, l’activité physique régulière peut également aider. La dernière chose qui est très importante, c’est la consultation chez l’urologue, devant tout signe d’alerte. Et pour ceux qui ont des facteurs de risque, une consultation précoce chez l’urologue. Si vous respectez cela et l’apport des médias en faisant comprendre et partager avec vos lecteurs sur ce sujet qui semble tabou, peut aussi aider les hommes à comprendre et à venir de plus en plus à l’hôpital pour s’informer.