Les officines de Maroua menacent de fermer boutique pour protester contre des amendes qui leur ont été infligées par la Brigade régionale de contrôle et fraude.

Notification des amendes inappropriées et injustifiées. Tel est l’objet de la correspondance des pharmaciens des officines de pharmacies privées de la ville de Maroua, adressée au délégué régional du ministère du Commerce (Mincommerce) pour la région de l’Extrême-Nord. Dans cette lettre écrite à l’issue d’une réunion des pharmaciens les 4 et 5 septembre, ces derniers « exigent l’annulation des amendes inappropriées et injustifiées adressées à toutes les pharmacies de la ville de Maroua ». Lesquelles amendes ont été infligées à 10 pharmacies par la Brigade de contrôle et fraude de la délégation régionale du Commerce, à l’issue d’une série de contrôles effectués du 19 au 27 août 2019 ; auprès des officines.

A en croire nos sources, les montants desdites amendes oscillent entre 750 000 et 1 million de Fcfa. Des sommes jugées élevées par les pharmaciens. Par exemple, la pharmacie du Boulevard écope d’une amende de 750 000 Fcfa tandis que celle de Domayo devra payer 1 million de Fcfa. « Ils ont beau décrié la sanction mais nous leur avons au moins rappelé ce à quoi ils sont astreints et la procédure a suivi son cours normal. Les montants infligés sont conformes aux textes », argue une source proche du dossier.

 Menace de fermeture

Les officines épinglées ont jusqu’au 11 septembre 2019 pour s’acquitter de ces pénalités financières. Mais à Maroua, les pharmaciens sont formels. « Au cas où le délégué du Mincommerce n’annule pas ces amendes inappropriées et injustifiées, nous allons continuer le combat au niveau hiérarchique », promet le Dr Jean Paul Tada, représentant régional du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens du Cameroun (Cnopc). Dans la même perspective, les pharmaciens envisagent la fermeture de toutes les officines privées de la ville.

« Nous sommes unanimes. L’étape suivante sera la fermeture des pharmacies en guise de protestation », menacent-ils. Car, disent-ils, « Dans un contexte où l’Extrême-Nord vient d’être déclarée zone économiquement sinistrée, demander de telles sommes à des structures qui ne sont que des PME (Petites et Moyennes entreprises : Ndlr) c’est demander leur fermeture ».

Du côté de la délégation régionale du Mincommerce, l’on relativise. C’est en qualité de commerçants que ces pharmacies ont été soumises, par des éléments de la Brigade, au contrôle sur les normes et la qualité de leurs produits. « Il s’agit de petites incompréhensions avec quelques agents de la Brigade de contrôle que j’ai vite dissipées », fait savoir Boubakary Abdoulaye, délégué régional du Commerce pour cette région. En effet, ce dernier qui dit n’avoir encore reçu aucune correspondance au passage, confie avoir tenu une réunion avec quelques pharmaciens dans la matinée du 6 septembre.

Selon lui, « un ou deux pharmaciens instrumentalisent les autres. Ils ne maîtrisent pas les lois qui régissent le commerce. Le problème c’est qu’ils pensent qu’ils ne sont encadrés que par les textes de l’Ordre national des pharmaciens ; qu’ils ne sont pas des commerçants et ne doivent pas être contrôlés. Or, ils le sont d’après les textes du Commerce. Ils doivent être contrôlés par la norme et qualité. Ce à quoi ils croient pouvoir se soustraire ».

Allant dans le même sens, une source à la brigade parle d’« une grossière instrumentalisation. Ça concerne une minorité de pharmaciens qui sont à la manœuvre de tout ceci. Et c’est chez eux que nous avons trouvé des produits périmés en quantité importante. S’ils s’étaient présentés comme on le leur avait demandé pour qu’on leur explique qu’il fallait se débarrasser de ces produits périmés, nous n’en serions pas là aujourd’hui ».

Accusations et justifications

Selon l’équipe des quatre contrôleurs du Mincommerce, les pharmacies sanctionnées tombent sous le coup de plusieurs motifs. Notamment, la vente des médicaments périmés, les ventes faites avec une comptabilité irrégulière et sans homologation des prix. A ces griefs s’ajoutent « la pratique commerciale agressive » et la « non présentation des documents exigés » …Des accusations contestées par les mis en cause.

D’abord, sur le médicament périmé. Selon les pharmaciens, la présence d’un médicament périmé dans les rayons d’une pharmacie ne signifie nullement que cette pharmacie délivre les médicaments périmés aux patients. Et donc, les accuser « de vendeur de médicaments périmés est insultant et méprisant pour un cadre de la santé publique, insultant pour nos serments. Ce qui n’est pas le cas pour les vendeurs des médicaments de la rue qui sont tolérés par les mêmes agents contrôleurs », regrettent les plaignants.

Dans les faits, la pharmacie d’officine a un système de vérification des médicaments périmés et autres produits avariés avant toute délivrance et un système de leur gestion. Voilà pourquoi, « Le règlement indique que les produits pharmaceutiques périmés restent à la Pharmacie jusqu’à la constatation par les Services compétents qui sont les cabinets d’Huissiers et des Commissaires aux avaries en présence des Inspecteurs des Impôts assermentés ». Ensuite, sur la vente faite avec comptabilité irrégulière. « Monsieur le délégué, qu’est- ce qu’on appelle comptabilité irrégulière dans une pharmacie d’officine ? », s’interrogent les pharmaciens.

Pratique commerciale agressive

D’après notre source, la brigade a reçu des plaintes en ce qui concerne les prix de certains produits. « Le différentiel est énorme », fait-elle savoir. Les contrôleurs de la délégation du Commerce, après avoir trouvé sur le ticket de caisse la mention « Le médicament vendu ne peut être ni repris ni échangé », ont conclu à une pratique commerciale agressive. Pourtant, « Le souci du pharmacien ici est de protéger la qualité de médicament et d’éviter sa manipulation par des usagers parfois de mauvaise foi. Les risques sont importants lorsqu’il s’agit de Protéger la santé des populations », répliquent les pharmaciens. Face à tout ceci, « Nous disons ici qu’il ne s’agit aucunement d’un travail sérieux de la part des contrôleurs », tranchent les pharmaciens. Aussi, « Au vue de ces différents constats, les pharmaciens de la ville de Maroua, se demandent si la Délégation n’est pas en train de vouloir les intimider et dévier le vrai problème de Santé qui est la vente illicite des médicaments dans la région de l’Extrême Nord ? ».