De nombreux parents ont des doutes sur l’efficacité, la fiabilité et le bien-fondé dudit vaccin qui protège contre le cancer du col de l’utérus.

Pour Emilienne, le verdict est sans appel. « Mes filles ne feront pas ça ». Cette comptable de formation parle en réalité, du vaccin contre le virus du papillome humain (VPH), responsable du cancer du col de l’utérus. En effet, une étude réalisée en communauté a estimé la prévalence des VPH à 39% parmi les femmes. Une prévalence qui place le Cameroun parmi les pays présentant les prévalences les plus élevées du VPH dans le monde.

Mais, « Qu’est ce qui dit que les enfants qui prendrons ce vaccin seront à l’abri. Un tel vaccin sur des enfants peut logiquement créer d’autres problèmes de santé à long terme », n’en démord pas notre comptable. Et cette dernière de conclure : « Je pense que cette affaire de vaccin est beaucoup plus commerciale que préventive ».

Comme elle, Anne ne cache pas sa méfiance vis-à-vis dudit vaccin. « Si ma fille était en âge de le prendre, je ne le ferai pas. Je suis sceptique », dit-elle. Parce qu’«On crée la maladie et on crée son traitement pour faire fonctionner les affaires », croit-elle savoir. Fort heureusement, « Je n’ai rien contre ce vaccin jusqu’à ce que des risques y relatifs soient révélés », argue un enseignant.

Et donc, « C’est une très bonne initiative. Je serai prête à faire vacciner ma fille. Si j’avais neuf ans, je me ferai également vacciner », soutient Aminatou, employée de bureau. Selon Marie, « Si le vaccin est une prévention ou une garantie d’immunité, je laisserai ma fille se faire vacciner ».

Suspicion

En fait, la suspicion des Camerounais vis-à-vis d’une campagne de vaccination a difficilement été aussi importante. Et pour cause, « C’est nouveau et je n’ai aucune garantie de sa fiabilité. Je ne voudrais pas que mon enfant soit un cobaye sur qui on vient expérimenter ces choses-là », fait savoir Anne. Et depuis le 2 septembre, la polémique est à son comble, biaisant le message sur l’objectif de cette campagne et les bienfaits de la vaccination.

« Dans notre contexte, la vaccination contre le cancer du col de l’utérus se présente comme étant l’intervention la plus appropriée pour réduire la morbidité et la mortalité dues aux cancers causés par le VPH », explique-t-on au Programme Elargi de Vaccination (PEV).  Surtout que « Les jeunes sont de plus en plus émancipés donc le plus tôt c’est le mieux », fait savoir un cadre d’une administration publique.

Sur le terrain, le constat lui, fait état d’un besoin d’information et de communication précoce multisectorielles sur ce vaccin et à propos de la campagne à venir. Bien plus, des questions restées jusqu’ici sans réponses, hantent l’esprit des parents. Notamment la cible, l’efficacité et les effets indésirables dudit vaccin.

Aux sources de la controverse

Tout est parti d’un communiqué du ministre de la Santé publique, annonçant une campagne de vaccination contre le cancer du col de l’utérus et les autres infections génitales. Car, « la vaccination est en effet le moyen essentiel de prévention (…) du cancer du col de l’utérus chez les jeunes filles », argumente Manaouda Malachie. Elle aura lieu du 27 novembre au 1er décembre 2019, à l’attention des jeunes filles de 9 ans.

Les parents de la cible ont tôt fait d’y voir plusieurs zones d’ombres. Autant sur la fiabilité, que les effets secondaires. « Pour quel intérêt on prévient le cancer par un vaccin dont on ne connaît même pas les effets secondaires en plus sur des enfants de 9 ans », s’interroge Claudine, ménagère. Mais, c’est une vidéo datant de 2014 largement relayée sur les réseaux sociaux qui viendra mettre le feu aux poudres.

Celle-ci met en cause l’efficacité du vaccin, sa marque, dénonce 26 675 effets désirables graves dans le monde et la cible (des enfants non encore sexuellement actifs). Il n’en fallait pas plus pour créer une psychose chez les parents. Ce d’autant plus que ladite vidéo demande par ailleurs aux parents de ne pas accepter l’application de cette mesure sanitaire et d’exiger un moratoire pour ces vaccins qui ne doivent pas être imposés sans information complète et transparente des parents.

« La désinformation sur les vaccins est une menace majeure pour la santé mondiale qui pourrait mettre en danger des décennies de progrès obtenus dans la lutte contre les maladies évitables. De nombreuses maladies incapacitantes et mortelles peuvent être évitées efficacement grâce aux vaccins. Pensez à la rougeole, à la diphtérie, à l’hépatite, à la poliomyélite, au choléra, à la fièvre jaune ou encore à la grippe, entre autres », rappelle le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de ‎l’OMS

Sensibilisation

Selon l’OMS, les vaccins sauvent au moins deux millions de vies chaque année. « La vérité, c’est que les vaccins sont efficaces », martèle l’organisation onusienne. Les parents eux, soutiennent qu’il faut au préalable sensibiliser. « Je crois qu’il devait d’abord avoir une sensibilisation sur son existence, ses origines…Un peu comme on l’apprenait en science et bien sûr que la méthode pourrait être différente vu l’évolution du monde et les NTIC, médias sociaux. Nous donner sa genèse, faire parler les acteurs et sa validation à l’échelle universelle. Nous faire savoir si ce vaccin a des effets secondaires, etc », plaide Anne.

Le Cancer du col de l’utérus, 2e cause de cancer chez la femme avec un nombre annuel de nouveaux cas et de décès respectivement de 2356 et de 15461, vient du portage chronique du VPH. « Autant mieux aussi nous prescrire une hygiène de vie qui mette nos jeunes filles à l’abri de cette maladie. Mais je sais que ce sera difficile pour des raisons de business qui pourront disparaître et engendrer des pertes financières considérables au niveau même des grandes firmes qui mettent sur pied des vaccins », soutient Emilienne.

Selon nos sources, dès 2014, le gouvernement camerounais a mis œuvre un projet de démonstration de l’introduction du vaccin anti-VPH en deux phases dans les districts de santé d’Edéa et de Foumban. Cette phase pilote a permis de vacciner 14365 jeunes filles âgées de 9 à 13 ans pour une couverture post campagne de 69% pour les deux doses. « Il n’y a pas de santé pour tous sans vaccins pour tous », tranche donc l’OMS.