Ils ont protesté contre les violences physiques et verbales des usagers.

Il régnait une ambiance quelque peu surchauffée à l’hôpital de District d’Efoulan le 5 novembre 2019. Aux environs de 8h, le personnel soignant de cette formation sanitaire a investi l’entrée principale et une partie de la chaussée, perturbant ainsi, la circulation. Munis de pancartes sur lesquelles l’on pouvait lire « Au secours. Stop à la violence sur le personnel soignant », ils protestaient contre l’agression dont a été victime leur collègue deux jours plus tôt.

En effet, dans la soirée du dimanche 3 novembre, le Dr Cécile Koumou, médecin en service dans ledit hôpital, a été molestée par des proches d’un malade, alors qu’elle était d’astreinte (garde). « On a battu sur elle, on a versé des tessons de bouteilles sur elle et on a tortu son bras jusqu’à luxation de son épaule. Le personnel infirmier aussi a été menacé. Le gardien a été blessé. N’eut été l’intervention de ce gardien qui malgré sa souffrance a secouru la collègue, elle serait morte aujourd’hui », explique le Dr Bibi, médecin en service dans cet hôpital. Courroucée.

De sources concordantes, les agresseurs étaient neuf et tous ivres. « Ceux-ci ont ramené leur frère pour qu’on lui administre des soins. Le temps pour le médecin de leur demander d’attendre qu’elle s’occupe des premiers patients, ils se sont enflammés et ont commencé à la rouer de coups de poing tout en lui rappelant qu’elle doit prioritairement s’occuper de leur frère, car se trouvant dans un état critique », relate le Dr Emmanuel Mohamadou Guemse, directeur de l’Hôpital de district d’Efoulan.

« Marre des violences verbales et physiques »

Pour le personnel donc, en plus des violences verbales, ils sont quotidiennement victimes de celles physiques. « C’est ce qui nous révolte et nous pousse à sortir de nos bureaux pour venir dire non. Et dire aux populations que nous en avons marre. Marre de la violence verbale, physique ; marre du sabotage du personnel médical, des infirmiers sur les réseaux sociaux. On est conscient de l’humanisation des soins réclamée par notre hiérarchie, mais on veut en retour le respect du personnel. C’est pour cela que nous sommes sortis », poursuit le Dr Bibi. Déterminée. Une salve d’applaudissements et des youyous de joie de ses collègues, viendront d’ailleurs accompagner ce ras-le-bol.

Néanmoins elle se veut claire : « Non pas pour arrêter de travailler mais pour lancer ce message à notre hiérarchie, à tous les usagers et aux personnels même. Ils ont des droits à réclamer. Tout le monde subi ces actes de violences et ce n’est pas à encourager ». Présente sur les lieux, le délégué régional de la Santé a tenu à leur faire entendre raison. Pendant la réunion de crise avec ces derniers, le Dr Moussi leur a expliqué l’interprétation qui peut découler de leur mouvement d’humeur, tout en les exhortant au calme et à une reprise effective du service.

 

Grève 2 (2)

Les ordres professionnels en renfort

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette « agression brutale » a provoqué la consternation et l’émoi dans le corps médical. Pas moins de trois ordres professionnels ont condamné « cet incident avec une grande fermeté », écrit l’Ordre national des médecins du Cameroun dans un communiqué. Le président de l’Onmc « note par ailleurs pour s’en inquiéter, la forte récurrence des actes d’agression sur la personne des médecins en exercice sur leurs lieux de travail. De tels cas devront désormais faire l’objet d’une répression implacable ».

Même son de cloche du côté du Syndicat des médecins du Cameroun (Symec). Le Dr Bassong, son président, tient à souligner que « cet incident inacceptable laisse notre consœur psychologiquement traumatisée ». Voilà pourquoi, « nous tenons à encourager les confrères victimes de telles actes de violence pendant l’exercice de leurs fonctions et à les dénoncer ; car quelle que soit la cause, les agressions contre le personnel ne devraient être tolérées ».

Observatoire des violences en milieu hospitalier

La touche féminine de ces réactions en cascade vient de l’Association camerounaise des femmes médecins (Acafem). Après la condamnation de l’acte et son soutien et réconfort moral à leur collègue, le Pr Anne Esther Njom Nlend « interpelle tous les acteurs du secteur de la santé à la mise d’un Observatoire des violences en milieu hospitalier au Cameroun ».  Par ailleurs, l’Acafem « suggère aux responsables des formations sanitaires de renforcer la sécurité dans les hôpitaux notamment dans les services à haut risque de violence (urgence, maternité…) ».

Le Réseau des médecins de District du Cameroun a plutôt opté pour des recommandations à l’autorité gouvernementale. Ce sont entre autres, des poursuites judiciaires fermes contre les auteurs passés, actuels et futurs d’actes d’agressions sur le médecin et le personnel de santé en général, dans la stricte application des lois camerounaises, l’amélioration de la sécurisation des hôpitaux afin de prévenir ce genre d’incident, tel qu’énumère le Dr Roger Etoa dans un communiqué de presse.

Le ministre de la Santé publique lui, s’est indigné de cet acte. « J’ai été très choqué ce matin en apprenant qu’un personnel de la santé a été agressé alors même que celui-ci s’activait à sauver une vie. Je voudrais mettre ses auteurs en garde car nous porterons désormais plainte contre ces derniers », a écrit Malachie Manaouda sur son compte Twitter le 4 novembre dernier. Entre temps, les auteurs interpellés par les éléments du commissariat d’Efoulan, ont été déférés hier mardi 5 octobre, à en croire le Dr Mohamadou Guemse. Le Dr Koumou Cécile quant à elle, se porte mieux et est actuellement en repos, dit-il.