Le 13 novembre 2019, les sœurs siamoises Bissie et Eyenga Merveille ont été opérées avec succès à l’hôpital Femme-Mère-Enfant des Hospices Civils de Bron, près de Lyon. Une prouesse médicale rendue possible grâce à la solidarité de plusieurs structures en France et au Cameroun. La chaine de l’Espoir a par exemple pris en charge le transport de cette famille, Les Hospices civils de Lyon ont mis à disposition leur infrastructure et le gouvernement camerounais le financement. Si le soulagement, la joie et l’émotion sont de mise depuis ce dénouement heureux salué par la classe nationale et internationale, c’est l’occasion ici de revenir sur le traitement accordé à cette cause sociale par les médias camerounais.

Laurelle Ngali et ses deux filles ont passé 12 mois à l’hôpital Gynéco-Obstétrique de Yaoundé. Une année d’hospitalisation où les médias camerounais –pour l’essentiel d’entre eux- ont brillé par une indifférence ahurissante de cette actualité. De fait, après l’éphémère frémissement médiatique qui a suivi la révélation de ce drame, l’on a assisté à une sorte d’autocensure du sujet dans la presse classique et même spécialisée. Ce cas social n’aura eu droit qu’à une offre d’information famélique de la part de la presse camerounaise. Surtout que le reflexe d’un certain nombre de médias –qui sont le reflet de la société d’aujourd’hui- est davantage tourné vers la recherche effrénée de l’audience, du buzz et du scandale. Le drame est que cette déviance a malheureusement fini par annihiler l’élan d’humanisme qui, jadis constituait la trame de fond du travail journalistique.

Le cas des sœurs siamoises rend donc à suffisance compte de ce que la presse camerounaise perd progressivement ses repères. Elle semble lointaine, cette époque où cette presse symbolisait la fierté citoyenne et se mobilisait pour les causes nobles, justes et surtout humanistes. Nous avons encore sans doute en mémoire, la mobilisation autour de l’enlèvement du bébé de Vanessa Tatchou en 2011 dans une formation hospitalière publique de Yaoundé. Au quotidien, les journaux rivalisaient alors d’adresse, pour soutenir cette jeune maman de 17 ans, à la recherche de son bébé.

Hélas, le 1er novembre 2019, c’est dans l’anonymat total que les siamoise d’Ayos et leur maman se sont envolées vers un destin pour lequel l’issu leur était encore inconnue. Aujourd’hui, nous célébrons ce succès médical, aidé en cela par les médias français qui en ont fait des éditions et traitements spéciaux. Pendant ce temps, dans la presse camerounaise, c’est le quasi blackout, comme si l’humanisme, le sens du sacrifice et de l’engagement avaient définitivement quitté nos Rédactions.

 

Par Olive Atangana,

Journaliste spécialisée des questions de Santé

Blogueuse (Infos-santé.home.blog)