Déjà 2336 malades et 42 Districts de Santé en épidémie dans sept régions du Cameroun.

Sept régions sont désormais en épidémie de rougeole au Cameroun. Ce sont celles du Nord, de l’Adamaoua, l’Extrême-Nord, du Centre, Littoral, Sud-Ouest et de l’Est, tel que l’indique le dernier rapport de la situation épidémiologique du Programme Elargi de vaccination (PEV). Ce bulletin hebdomadaire du programme d’élimination de la rougeole au Cameroun révèle qu’en ce mois de novembre 2019, 42 Districts de santé de ces régions sont frappés par la maladie.

Et comme presque toujours, c’est la région de l’Extrême-Nord qui est classée en tête de ces régions, avec 16 DS (contre 15 en juillet dernier) en épidémie. Kolofata, Kousseri, Mada, Goulfey, Makary, Koza, Mora, Maroua 3, Bourha, Vélé, Mogodé, Mokolo et Gazawa en sont quelques-uns. Le Nord connait aussi une légère augmentation, avec 12 DS en épidémie, contre 10 toujours en juillet. L’on peut ainsi y retrouver Guider, Figuil, Ngong, Pitoa, Touboro, Bibémi, Lagdo, Garoua 1, Garoua 2 et Tcholliré.

Dans la région de l’Adamaoua, ce sont les DS de Ngaoundéré Urbain, Ngaoundéré rural et Meiganga qui ont notifié des malades de rougeole. Au Centre, ce sont les DS de la Cité verte, Djoungolo, Nkolndongo, Biyem-Assi qui sont en épidémie. Ceux de New Bell, Deido et Cité des Palmiers qui sont en épidémie dans le Littoral. A l’Est, seul Garoua Boulai. Limbe et Ekondo Titi sont les deux DS concernés par cette épidémie dans le Sud-Ouest.

A l’analyse de cette revue, l’on constate une augmentation constante des malades de rougeole. En effet, il y a quatre mois (juillet), le compteur affichait 1065 cas de rougeole détectés au Cameroun et cinq décès. Au mois d’octobre, l’on dénombrait 1224 malades. En novembre, c’est 2236 cas qui ont été enregistrés, pour six décès. Pis, le volet réservé à l’évolution de la couverture Roubéole-Rougeole (RR) entre 2008 et 2019 illustre que le Cameroun a 12 points de couverture vaccinale (CV) perdus depuis 2013.

Risque de rougeole

Au mois d’octobre dernier, 70% des cas notifiés de rougeole au cours des 12 derniers mois avaient moins de 5 ans. Plus de 78% des cas positifs notifiés sont non vaccinés ou inconnus. Et ce n’est pas tout. 70% des districts ont un risque très élevé d’épidémie de rougeole. D’ailleurs, dans l’analyse de risque de cette maladie virale extrêmement contagieuse par région en 2019, l’Extrême-Nord caracole en tête, avec un taux de 26%. Elle est suivie par celles du Centre et du Littoral avec 19% de risque. L’Ouest et le Nord présentent aussi de fort taux de risque très élevée avec respectivement 18 et 13%.

L’évolution des épidémies de rougeole au Cameroun de 2016 à 2019 elle, est assez révélatrice. En 2016, la maladie avait été confirmée dans sept DS seulement, dans quatre en 2017 et 2018. Mais en 2019, l’on assiste à un boom, avec 42 DS en épidémie.  « Ce n’est pas une surprise en épidémiologie. C’est un événement attendu. C’est pourquoi on recommande généralement de faire une campagne de riposte sur le plan national tous les 4-5 ans, pour rattraper tous les susceptibles qui développent les anticorps antirougeoleux », explique un épidémiologiste en service au ministère de la Santé publique (Minsanté).

Pour lui, cette situation peut se justifier par plusieurs raisons. « Il faut d’abord interroger la couverture vaccinale en rougeole dans les zones rurales. Un autre phénomène c’est que normalement, on doit prendre deux doses de vaccins parce qu’avec le vaccin contre la rougeole, près de 15% ne développent pas d’anticorps après le vaccin. Ce sont eux qu’on appelle souvent les susceptibles. La 2e dose permet de rattraper cette cible-là. Mais beaucoup ne font pas cette 2e dose parce qu’elle est payante et beaucoup de parents ne la font pas. Ajouté à cela, la malnutrition », précise ce dernier.

Réponse épidémiologique

Une campagne gratuite de vaccination Rougeole-Rubéole est prévue du 04 au 08 décembre prochain. Elle sera couplée à l’introduction de la 2e dose de vaccin contre ces maladies. Aussi, les enfants recevront également de la vitamine A, puis seront déparasités avec du Mebendazole. D’après une source au Minsanté, les premières équipes en charge de cette opération vont se déployer sur le terrain dès le 26 novembre.

Une source à la cellule de communication du Programme élargi de vaccination (PEV) rassurent que 3 454 000 doses de la campagne RR et 944 100 doses de l’introduction 2e dose ont été réceptionnés ; le plan de répartition finalisé. Toutefois, le défi reste celui d’atteindre de toutes les cibles en particulier dans les zones à sécurité compromise ; de l’adhésion des populations pour la deuxième dose du RR dans le PEV de routine.